10 juillet 2013

« Est-ce que l’on cesse jamais de s’amuser à Bordeaux pendant la semaine de Vinexpo ? ». C’est une bonne question après cette magnifique soirée d’ouverture à Mouton-Rothschild, racontée dans le dernier article.

Deux de mes traditions préférées pendant la semaine de Vinexpo, alors que je fuis parfois des invitations plus originales et séduisantes, sont les manifestations organisées tous les deux ans au Domaine de Chevalier et au Château Phélan Ségur. C’était cette année la 13e édition du « Tour de France des Appellations », dans le cadre duquel Anne et Olivier Bernard, propriétaires du Domaine de Chevalier, rassemblent leurs amis venus de toute l’Europe (tels Egon Müller, Domaine Faiveley, Jaboulet, Champagne Pol Roger, Zind-Humbrecht et bien d’autres) pour une garden party absolument fabuleuse. La nourriture est sensationnelle et le légendaire maître du fromage alsacien, Bernard Antony, est présent en personne, sans oublier une sélection des meilleurs amuse-bouche et mignardises et une avalanche de cigares cubains.

Deux soirs plus tard, à Phélan Ségur tout au nord de Saint-Estèphe, le propriétaire Thierry Gardinier et son frère Laurent (aujourd’hui tous deux actionnaires du groupe Taillevent, qui possède le restaurant éponyme à Paris, Les Crayères à Reims, et bien d’autres lieux incroyables dans le monde entier) ont eu la même idée que les Bernard. Ils ont réuni de bons amis (des maisons Billecart-Salmon, Jadot et bien d’autres) afin de proposer non seulement de grands vins, mais aussi une multitude de mets extraordinaires, des cigares, les fameuses langoustines de Bretagne et d’énormes steaks de bœuf charolais grillés aux sarments.

Une seule chose est venue quelque peu perturber ces deux événements en extérieur, habituellement fantastiques : le froid et cette fichue pluie, qui a commencé lors de la soirée à Mouton. Elle n’avait toujours pas cessé lorsque nous avons quitté Bordeaux six jours plus tard, avec notamment 70 mm tombés en deux heures au Domaine de Chevalier. Plusieurs événements ont ainsi été complètement gâchés par la pluie pendant Vinexpo, et la Fête de la Fleur au Château Lagrange a même dû être interrompue, de nombreux participants se retrouvant en prime avec un rhume le lendemain.

son_et_lumiere_pano

Malgré tout, en guise de bouquet final, nous avons pour notre part profité d’un vendredi soir magique au Château de Fargues, organisé par le comte Alexandre de Lur Saluces, un nom indissociable du Château d’Yquem, cet illustre domaine ayant appartenu à sa famille pendant plus de 400 ans.

Nous avions adoré le spectacle multimédia présenté à Mouton plus tôt dans la semaine, mais le son et lumière auquel nous avons assisté à Fargues dépasse tout simplement tout ce que nous avons pu voir auparavant. Il est vrai que l’écran géant constitué par les immenses ruines du château du 14e siècle est un atout, mais les 20 minutes de présentation de l’historique complet de la propriété depuis 1306, ainsi que des 600 ans d’histoire de la famille Lur Saluces et de son rôle (sans parler de son influence sur les grands vins de Sauternes) étaient stupéfiantes.

son_et_lumiere_8

 

La cour intérieure du château a ainsi servi de scène à ce tableau spectaculaire, entrecoupé de fabuleux morceaux de musique classique interprétés en direct, tandis que les projections sur les murs extérieurs créaient un effet incroyable. Le résultat était tout simplement extraordinaire, en particulier par une nuit de pleine lune coïncidant avec le solstice d’été. La pluie s’était enfin interrompue, mais la température est descendue ridiculement bas ce soir-là, avec à peine neuf degrés Celsius. Mais même le froid n’a pas réussi à gâcher cette soirée parfaite au Château de Fargues.

son_et_lumiere_3

 

Je me suis ensuite rendu en Suisse pour une fête de Noël tout aussi éblouissante, organisée tous les ans autour du 24 juin par l’un de nos bons amis collectionneur, qui trouve bien plus pratique de fêter Noël en été plutôt qu’en même temps que tout le monde, ce que l’on peut difficilement contredire. Sans le stress, la neige, les journées d’hiver plus courtes et autres tribulations souvent associées à la folie de décembre, c’est là encore un week-end tout à fait original et spectaculaire, pour un groupe trié sur le volet de 50 à 60 personnes maximum, des gens qu’il apprécie et des amis proches. C’est un festival, à mon avis unique en son genre, du meilleur des mets, des vins, de la musique, des arts et de la camaraderie.

Nous sommes arrivés juste à temps pour le dîner d’ouverture dans un restaurant gastronomique de Bâle (après 950 kilomètres avalés d’un trait depuis Bordeaux), avec des vins fournis par plusieurs des vignerons présents, notamment cette année des vins allemands et autrichiens accompagnant le légendaire veau suisse. Le lendemain, nous avons eu droit à une visite privée de la superbe nouvelle exposition Picasso au Kunstmuseum (musée d’art moderne) de Bâle, suivie d’un champagne Deutz Blanc de Blanc 1990 en magnum dégusté dans le domaine familial surplombant le Rhin en crue, avant de sortir déjeuner dans l’un des restaurants italiens les plus en vue de la région, le Rino.

Après quelques heures de repos bienvenu, est arrivée l’heure de la fête de Noël, qui s’est déroulée dans la propriété familiale en plein cœur de Bâle, avec son pavillon de jardin du 18e siècle comme décor de cette soirée magnifique et parfaite (et sans pluie !). Les vins proposés, à la hauteur des excellents plats de chefs étoilés qu’ils accompagnaient, étaient comme toujours de très haut niveau : Dom Pérignon 1990 en magnums, Coche-Dury Meursault Les Rougeots 1995 et 1997, Ramonet Chassagne-Montrachet Les Caillerets 1998, Domaine Weinbach Gewurztraminer Clos des Capucins 2001, Cheval Blanc 1989 en impériale et pour finir, Château d’Yquem 1986 en impériale, couronnant ce qui ne peut être décrit que comme une bacchanale qui fera date.

De là, je suis parti à Ibiza puis en Bourgogne, pour toujours plus de divertissements et de jeux, à suivre dans le prochain article…

Gil Lempert-Schwarz est un consultant en vin international basé à Las Vegas et Hong Kong.