Château de Fargues, Sauternes par Lur-Saluces, 2001

Ce n’est pas tous les jours que j’ai l’occasion de converser avec un prince d’Orléans, ni de déguster un vin aussi exceptionnel que celui-ci. Le prince Eudes d’Orléans est directeur général du Château de Fargues, et j’ai eu la chance de le rencontrer lorsqu’il a servi ce vin au terme d’une soirée dégustation extraordinaire organisée par Jean-Luc Colombo (lors d’un dîner dans le cadre du congrès des Maîtres Cuisiniers de France chez Mix à Las Vegas). Mais ce n’est pas la personnalité la plus impressionnante derrière le nom de Fargues. Cette distinction revient au comte Alexandre de Lur Saluces, célèbre pour avoir dirigé le Château d’Yquem, auquel il a redonné ses lettres de noblesse avant d’être contraint pour des raisons familiales à vendre à LVMH dans les années 1990, et qui concentre aujourd’hui son expertise sur Château de Fargues.

Bien que cette propriété soit dans la famille Lur Saluces depuis plus longtemps encore qu’Yquem, elle n’a commencé à produire du vin blanc que dans les années 1940. Aujourd’hui, le vignoble ne couvre que 15 hectares, dont 80 % de sémillon et 20 % de sauvignon, pour un volume si faible que seules 15 000 à 20 000 bouteilles (on parle bien de bouteilles, et non de caisses) sont produites, ET CE UNIQUEMENT DANS LES MILLÉSIMES QUI EN SONT JUGÉS DIGNES. Ce vin est donc, de bien des manières, encore plus exceptionnel que le Château d’Yquem, bien qu’il n’en ait pas le prestige… pour l’instant.

Château de Fargues sur Sipsavorswallow

« Pour moi, ce n’est pas un vin de dessert » m’a confié Eudes [tout en restant stoïque face à un accord avec une mignardise au chocolat extrêmement sucrée]. « Ce n’est pas un simple vin doux. C’est un vin d’or. »

Ce qui est très vrai. Sans parler de sa robe, ce vin était comme une cascade de saveurs en bouche (pêche, raisins blonds, miel, poire, pamplemousse), mais bien loin du nectar écœurant auquel on s’attend parfois, même avec certains des meilleurs sauternes. On pourrait tout à fait envisager une alliance avec des fruits de mer (notamment crus), des fruits à coque, une salade ou des légumes. Un dessert est bien le dernier plat avec lequel je le servirais.

Les prix dans ce millésime avoisinent les 100 $ (et il les vaut, si vous en avez les moyens), mais les plus récents sont incroyablement abordables. Remarquable et fortement recommandé.

Article de Sipsavorswallow